Norvège : Faut-il courir après le Cap Nord ? (L'art de la lenteur)
- Steves Doupeux
- 12 sept. 2020
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
La libération
La barrière se lève. Enfin.
Après une semaine de quarantaine imposée chez Mathilde et Christian (nos sauveurs en terre norvégienne), nous sommes libres.
Libres de rouler. Libres de toucher du doigt ce rêve glacé pour lequel nous avons tant bataillé. Pour marquer le coup, j’ai même fêté mes 46 ans ici, avec un gâteau et un "Joyeux Anniversaire" chanté en norvégien. Un moment suspendu, simple, humain.
Nous faisons une visite éclair d'Oslo. Le quartier d'Aker Brygge, le musée Viking, les statues de Vigeland qui célèbrent la vie sous toutes ses formes. C’est beau, c’est propre, c’est grandiose. Mais très vite, un autre appel se fait sentir.
Caroline et moi nous regardons. Pas besoin de parler. L'asphalte nous brûle les pieds. La ville nous étouffe déjà. On a besoin de vert. De vide. De silence.
Direction le Nord. Le vrai.
Le piège du voyageur
C’est ici que le piège se referme souvent sur le voyageur (et sur l'entrepreneur). On a un objectif : le Cap Nord. C’est mythique, c’est loin, c’est "le but". Alors l’adulte pressé en nous sort sa calculatrice : « Il faut faire tant de kilomètres par jour. On ne peut pas traîner. On a un planning. On doit voir ça, ça et ça. »
On se met à consommer le paysage comme on scrolle un fil d’actualité. On veut tout voir, tout faire, tout cocher. On accumule les destinations pour remplir notre "CV de voyageur".
Mais à vouloir tout avaler, on finit par ne rien goûter.
Le choc du temps long
La nuit à été paisible au bord de la rivière.
Il est 6 heures du matin, lorsque je sors du van pour apprécier l’endroit dans le calme du matin. Une légère brume flotte sur l’eau. Ce calme fait un bien fou, il invite à ralentir, à apprécier.
Après le petit déjeuner nous voilà les pieds dans la rosée. Devant nous se dresse un monstre de bois et d'histoire. La plus grande église en bois debout de Norvège : 29 mètres de haut, 800 ans d'âge. Elle a survécu aux flammes, aux tempêtes, aux siècles. Elle est constituée de 64 toits en pin, parée de gravures de mondes fantastiques.
Nous sommes sans voix.
Face à ce géant immobile, notre frénésie de kilomètres semble ridicule. Cette église ne court nulle part. Elle est. Simplement et puissamment.
C’est là, dans le silence glacé de ce matin norvégien, que la vie nous offre un rappel utile.

La discipline de la contemplation Norvège
On pense souvent que la discipline, c'est de faire plus. Se lever plus tôt, travailler plus dur, courir plus vite. Mais la vraie Discipline, la plus difficile, c'est celle de ralentir.
C'est la capacité à dire "Stop" à l'agitation mentale qui veut toujours être "ailleurs" ou "plus loin". Dans un monde où tout va trop vite, où l'on glorifie la vitesse et l'efficacité, choisir de contempler est un acte de rébellion.
Accumuler les kilomètres, c'est essayer de combler un vide par du mouvement. C'est exister.
S'arrêter pour contempler, c'est laisser le plein nous envahir. C'est Vivre.
Ce matin-là, face à l'église de Heddal, nous avons compris que le but du voyage n'était pas le Cap Nord. Le Cap Nord n'est qu'un prétexte pour nous mettre en mouvement. Le vrai voyage, c'est ce qui se passe entre le point A et le point B. C'est ce café bu dans le silence, cette brume qui se lève, ce sentiment d'être minuscule face à l'histoire.
Malheureusement, la suite de notre voyage me prouvera que comprendre dans l’instant, ne garantie rien dans le temps, mais ça c’est une autre histoire.
Ce qui peut vous aider aujourd’hui :
Vous n'êtes peut-être pas en Norvège. Vous n'avez peut-être pas de fourgon. Mais vous avez sûrement votre propre "Cap Nord". Un objectif, un projet, une ambition qui vous obsède.
Posez-vous cette question aujourd'hui : Êtes-vous en train de courir tellement vite vers votre objectif que vous en oubliez de vivre le chemin ?
Ne soyez pas ce touriste de votre propre vie qui traverse les années en courant, l'œil rivé sur la ligne d'arrivée, pour finir essoufflé et vide. Ayez le courage de vous arrêter. De regarder ce que vous avez déjà construit (votre église à vous).
De respirer.
C'est dans le silence de la contemplation que l'on recharge les batteries de l'âme, pas dans le bruit de l'accélération.
Ralentissez.
Steves



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