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Soulager la blessure de rejet

  • Photo du rédacteur: Steves Doupeux
    Steves Doupeux
  • 21 nov. 2022
  • 5 min de lecture

J’ai 6 ans.


Mon frère a un an et une semaine de plus que moi. À cet âge, une semaine est une éternité, une hiérarchie invisible mais implacable. Pour lui, je ne suis qu'un boulet à son pied, un caillou gênant dans son soulier dont il faut se débarrasser pour courir plus vite.


Il a ce don inné de s'approprier les copains du quartier, érigeant autour de lui une forteresse imprenable dont je suis exclu. Je les regarde rire, complices, et dans mon imaginaire d'enfant, chaque éclat de rire devient une moquerie à mon égard.


Je les regarde s'éloigner, et avec eux, ma légitimité d'exister s'effrite.


Je cherchais alors refuge dans les jupons de ma mère. J'y essuyais mes larmes et mon nez dégoulinant, aspirant à une protection absolue. Avec son accent chantant, elle tentait de réparer l'injustice : « Prends ton frère avec toi ! » criait-elle vers le jardin. Mais ses paroles, emportées par le vent, finissaient toujours par s'accrocher aux branches du vieux platane, sans jamais atteindre les oreilles de mon bourreau, déjà parti construire la cabane que j'avais rêvé de bâtir avec lui.
Blessure de rejet

Combien de fois mon cœur s'est-il serré ? Combien de fois ma gorge s'est-elle nouée ? Ce qui me fascine aujourd'hui, c'est la persistance de cette sensation. Une fois devenu adulte, ce sentiment de "trop" ou de "pas assez" a ressurgi à maintes reprises, souvent sans raison logique apparente.


C'est ainsi que j'ai identifié ma blessure de rejet.


Elle était, chez moi, la deuxième plus vive après celle de la trahison.


Il est utile de comprendre ceci : ni mon frère, ni les personnes qui ont croisé ma route ne sont responsables de cette blessure. Ils n'ont été que des révélateurs, des miroirs appuyant là où la peau de mon âme était déjà à vif, m'offrant, bien des années plus tard, l'opportunité de guérir.


Le Masque du Fuyant : Une armure contre la souffrance

Une blessure affective aussi profonde ne peut rester à l'air libre. Pour survivre, l’ego fabrique une protection, un masque social. Dans le cas du rejet, on adopte souvent le masque du Fuyant.


La logique inconsciente est implacable : « Si je suis parfait, on ne pourra pas me rejeter. Si je m'isole moi-même avant que les autres ne le fassent, je ne souffrirai pas. Si je m’efface, je ne souffre pas»


Voilà qui entraine une spirale d'auto-sabotage relationnel et professionnel.

Le piège le plus insidieux est la confusion entre l'Être et le Faire. Je me souviens que la moindre critique sur mon travail était perçue comme une attaque contre ma personne entière. Pour éviter ça, je suis devenu perfectionniste.


Je voulais devenir inattaquable pour devenir acceptable.



La blessure de rejet et vous : Le miroir


Vous reconnaissez-vous dans ce portrait ?


  • Avez-vous cette fâcheuse tendance à vous dévaloriser avant même que les autres n'aient ouvert la bouche ?


  • Cherchez-vous à vous rendre invisible dans les groupes, ou à fuir les situations inconfortables de peur de ne pas être à la hauteur ?


  • Ressentez-vous un malaise physique face aux compliments, persuadé qu'ils manquent de sincérité, tout en étant hypersensible à la moindre critique ?


Ces comportements sont des mécanismes de défense. En rejetant les invitations, en vous isolant, vous pensez vous protéger, mais en réalité, vous vous rejetez vous-même. C'est une prophétie auto-réalisatrice qui peut mener à un mal-être profond, voire à la dépression.



3 Clés pour passer de la fuite à la présence


Soulager la blessure de rejet, ne signifie pas effacer le passé, mais changer le regard que l'on porte sur lui. Voici trois chemins pour panser cette plaie.


1. L’observation consciente : La défusion cognitive.

On ne peut transformer que ce dont on a conscience. La première étape n'est pas d'agir, mais d'observer. Apprenez à repérer le moment précis où votre blessure s'active.


  • Quelles pensées traversent votre esprit ? (« Je suis nul », « Je dérange »).

  • Quelle émotion surgit ? (Honte, peur panique).

  • Comment réagit votre corps ? (Gorge nouée, envie de partir).


En identifiant ces automatismes, vous créez une distance. Vous n'êtes plus la blessure, vous êtes celui qui l'observe. On appelle cette pratique “La défusion cognitive”. Comme le disent les méditant, vous rendre compte que vous n’êtes pas la pensée, c’est déjà lui enlever de son pouvoir. Cela vous permet, petit à petit, de ne plus réagir de façon disproportionnée, mais d'agir avec discernement.



2. Accueillir l’enfant blessé

Nier la blessure, c'est la laisser puruler sous un pansement sale. Passer sa vie à refuser de se sentir rejeté ne fait qu'amplifier la souffrance.

Accepter ne veut pas dire se résigner ou subir. Cela signifie reconnaître : « Oui, là, tout de suite, je me sens rejeté et ça me fait mal. » C'est valider la douleur de l'enfant de 6 ans en vous, au lieu de lui dire de se taire. C'est en accueillant cette part d'ombre que vous cessez d'attirer inconsciemment les situations qui la réactivent.


Il ne sert à rien de ressentir et de passer à autre chose. tant que vous n’aurez pas considérer l’enfant blessé, il continuera de pleurer de plus en plus fort pour que vous finissiez soit par vous en occuper, soit le faire taire de manière encore plus néfaste parce que vous ne supportez plus es pleurs.

Et bien entendu ceci est une vérité pour toutes les émotions qui nous traversent. Elle ne sont que des messagers qu’il faut savoir écouter et entendre.



3. La reprogrammation du dialogue intérieur

Votre discours intérieur est le terreau de votre réalité. Si vous passez vos journées à vous juger, vous pratiquez une forme d'auto-hypnose négative.

Les neurosciences nous rappellent que sur nos 60 000 pensées quotidiennes, une majorité est répétitive et négative. Vous avez le pouvoir d'interrompre ce cycle.


Remplacez le juge intérieur par un parent bienveillant. Au lieu de vous dire « Tu es encore trop sensible », essayez « C'est normal d'être touché, tu as le droit d'exister ». Ce n'est pas de la "pensée magique", c'est de la neuro-plasticité : vous tracez de nouveaux chemins neuronaux vers l'amour de soi.



En conclusion


Le chemin vers l’apaisement demande du courage émotionnel, car il exige de regarder en face ce que l'on a fui toute sa vie. Pour entamer cette auto-soulagement, rappelez-vous :


  1. Observez vos mécanismes pour ne plus être leur marionnette.

  2. Acceptez l'émotion pour la traverser au lieu de la bloquer.

  3. Transformez votre dialogue intérieur pour devenir votre meilleur allié.


C'est un travail exigeant, c'est "plus facile à dire qu'à faire", certes. Mais c'est le seul travail qui vaille la peine pour enfin oser prendre sa place.



Pour aller plus loin

Si vous sentez que c'est le moment pour vous de déposer ce "sac à dos" émotionnel, je vous invite à découvrir mon programme d'accompagnement :


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